Y a-t-il une vie après le Plan Vigipirate ?

paul

Après Charlie Hebdo, à qui le tour sur la longue liste des prétendus « ennemis de l’Islam » ?  Les habitués d’une boîte de nuit berlinoise, où les femmes sont déshonorées sur les dancefloors les plus endiablés d’Europe ? Les fidèles d’une église chrétienne au Moyen-Orient, d’où les croyants fuient en nombre toujours plus important ? Ou bien encore, peut-être, des musulmans d’Afrique jugés trop modérés pour mériter la vie ? Il n’en est rien : les prochains à subir l’implacable loi du terrorisme seront bien évidemment des étudiants d’école de commerce ! Qui d’autre, en effet, mérite une plus urgente punition que ceux qui s’entraînent à diriger l’infâme capitalisme de demain à coups de photos dans les bois, de rallyes PPT et de Rap Contenders ? L’INSEEC et Kedge BS, respectivement numéro 3 et numéro 4 dans la liste officielle des ennemis d’Al-Qaïda (derrière les Etats-Unis et la France, ndlr), ont ainsi décidé de se protéger grâce à un certain nombre de mesures. Et les étudiants, plus prudents au moment de griller le feu rouge devant l’école, semblent avoir pris conscience du danger.

 Si l’INSEEC s’est tout simplement contentée de changer de nom pour perdre toute visibilité auprès des terroristes (Malheureusement, la fine équipe d’Al-Qaïda a beaucoup appris du changement de nom d’ « Hara-Kiri »  et attaquait déjà « l’INSIGNIS » dans son dernier message de propagande), Kedge s’est équipée d’une série de mesures de sécurité à la hauteur de son niveau dans les classements. C’est en tout cas ce qu’explique Simon, responsable de la salubrité des 50 toilettes du premier étage : « Pour atteindre ses objectifs, l’école doit répondre à certains critères, et la sécurité des étudiants en fait partie. Si la stratégie de la fusion avec Euromed nous a permis de reporter la menace terroriste sur un autre campus pendant quelques années, cela ne suffit plus. Et on ne peut pas Create, Care ou même Share sereinement si on va au  boulot la peur au ventre.» Obligation de passer par la porte de gauche, patrouille d’un agent de sécurité devant l’école, devoir des étudiants de rester dans le patio central pendant les pauses… Voilà quelques-unes des mesures qui ont donc été imposées au sein du campus.

Inefficace, cette règlementation, me direz-vous ? Ce n’est pas ce que pense Patrick-Amhed Simon Cohen El Malek de Champsavin, ancien terroriste aujourd’hui à la retraite (ce nom a été choisi afin d’éviter tout risque d’amalgame). Après un mois d’attaques avortées contre notre campus, il nous raconte la mauvaise ambiance qui règne désormais à l’Amicale Pas  Laïque De Bègles : « C’est assez démoralisant, vous savez. C’est devenu impossible de travailler, tant le système qui a été mis en place est infaillible. Nous avons envoyé trois assaillants au cours des dernières semaines. Le premier a buté sur la porte d’entrée : sans carte étudiant, impossible de passer. Le second, qui, après une longue réflexion, s’était dit que les portes s’ouvraient certainement de l’intérieur, attendit la pause pour profiter de la sortie des étudiants. Mais ces derniers, contraints à rester dans le patio intérieur, ne lui laissèrent aucune opportunité. Le troisième, enfin, eu quant à lui la présence d’esprit d’attendre la fin des cours pour qu’un élève lui ouvre enfin cette fameuse porte de gauche. Que s’est-il passé ensuite ? Etant donné qu’il est impossible de rentrer dans le Tram B avec un bagage rempli d’armes à feu, il s’est trouvé très vite à cours d’idées une fois arrivé dans le hall. Et en voyant les étudiants affluer autour de Buzz l’Eclair et d’un Clown géant, il s’est très vite rendu compte qu’aucun acte de terrorisme ne pouvait faire encore monter les extrêmes dans les élections qui intéressent les Kedgers… » Voilà la preuve incontestable que, grâce aux effets conjoints d’une politique de transports urbains adaptée et d’un panel de mesures de sécurité plus que dissuasives, rien n’aurait pu porter atteinte au rythme de vie des Kedgers de Bordeaux durant le mois écoulé.

 Mais la question qui se pose dorénavant est la suivante : maintenant que l’émotion qui a suivi les attentats est retombée, que la vie reprend son cours et que ces mesures s’effacent petit à petit devant nos yeux, comment être sûrs que nous resterons en sécurité ? « La situation est très compliquée », admet l’agent de sécurité qui patrouillait devant l’école depuis la rentrée de janvier. « Les élèves n’en ont pas conscience, mais beaucoup de manœuvres supplémentaires sont réalisées pour les mettre en sécurité. Et je ne parle pas seulement là des agents du GIGN cachés dans les mascottes des listes ; Mercredi dernier encore, Fromas Thoelicher, grand habitué des réseaux sociaux, s’amusait à créer une fausse page de liste BDS et à hacker quelques comptes Facebook dans le plus grand des calmes. C’est alors qu’il a décelé la préparation d’une attaque imminente contre notre campus ! Immédiatement, il a organisé l’évacuation de tous les élèves vers l’autre bout de la ville, dans un des seuls lieux assez grand et inoccupé pour cacher 700 personnes en pleine journée : une boîte de nuit. Quelques professeurs ont été mobilisés en urgence, et ils ont tant bien que mal essayé de déguiser l’opération sous l’apparence d’un cours… Les élèves ne se sont doutés de rien, mais la suite nous inquiète. On ne peut pas continuer à improviser de la sorte. » Notre seule certitude, déclare-t-il, c’est que « L’INSEEC se fera péter avant nous. » …

… Ce qui nous laissera au moins le temps de courir.

Paul Le Coidic

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