Un dîner dans le noir

Hand in hand, une des commissions d’Unis Terre, avait organisé mardi 12 novembre un évènement des plus originaux : un diner dans le noir. Toujours partante pour les expériences inédites, votre serviteur (et oui, ce mot n’a apparemment pas de féminin) a décidé de s’inscrire et de partir à la découverte du quotidien d’un(e) aveugle (dire que ce sont des malvoyants ne leur rendra pas la vue, alors zut). Voici le récit d’une soirée des plus… surprenantes.

DansLeNoir-total-darkness

Le Sixième Sens, bar restaurant lounge, se trouve juste en face du Parc du Vingt-sixième Centenaire. Arrivée pour 20h, vérification de l’inscription, prêt d’un joli masque noir (comme ceux pour dormir dans l’avion, mais en mieux), installation à une table à l’étage, lumière tamisée… Le suspens est au rendez-vous, chacun se demande à quelle sauce il va être mangé, ou plutôt à quelle sauce il va gouter. Le top départ est donné, chacun enfile son masque. Ce truc là est diablement efficace, impossible de tricher. Et puis de toute façon, ce n’est pas le but. Première constatation : plongés dans le noir complet, les gens ont tendance à parler plus fort, beaucoup plus fort. Deuxième constatation : on a beau avoir repéré où étaient posées les bouteilles avant d’enfiler le masque, les retrouver s’avère compliqué. Différencier la bouteille d’eau de celle de rosé, ardu. Se servir un verre sans inonder la nappe ou le voisin, un défi (presque) insurmontable. Soudain, une voix me glisse à l’oreille « attention, je te sers l’entrée » Ha bon ? Si on ne me l’avait pas dit, je ne m’en serais pas aperçue. Après avoir mis les doigts dans la rillette, j’attrape mes couverts et pique au hasard. L’absence de vision rend le repas des plus étranges : on ne sait pas ce que l’on s’apprête à avaler, on hésite avant chaque bouchée, on demande à la personne à côté si elle a identifié des aliments, on porte à sa bouche des fourchettes pleines… d’air, et, surtout, on est incapable de savoir si l’on a fini son assiette, à moins d’y mettre les doigts. Arrive le plat principal. Le poulet est facilement identifiable, mais à quoi sont donc les chips sur le bord de l’assiette ?! Les avis divergent, moutarde, barbecue, wasabi, tout y passe. Après avoir renversé de l’eau un peu partout (adieu, nappe en papier), voici venu le moment du dessert. A première vue, ou plutôt à première bouchée, des choux à la crème. Recouverts de… pate d’amande ? Ou de sucre glace. En tous les cas, la crème dégouline, et nous sommes sans aucun doute tous aussi ridicules les uns que les autres Enfin, nous retirons nos masques et la lumière se fait. La table est un véritable champ de bataille : il y de l’eau partout, des chips détrempés, des os de poulet tombés de leur assiette, j’en passe et des meilleures. Alors seulement, nous prenons conscience que vivre sans y voir représente un véritable défi. . Mais comment donc font ceux qui vivent cela au quotidien ? La question me trotte dans la tête, et je ne suis sans doute pas la seule. Je pense aux gestes quotidiens que nous effectuons sans vraiment y penser. Descendre la poubelle, prendre les transports en commun ou encore aller acheter du pain, tout cela me parait soudainement bien compliqué.

danslenoir2Nous n’avons fait que partager un repas, sans avoir à le préparer, ni à débarrasser, encore moins à nettoyer toutes nos bêtises. Nous ne sommes pas non plus venus sans y voir, nous repartirons qui en voiture, qui en métro, qui à pieds, avec nos deux yeux fonctionnels et notre vision du monde transformée. Ce qui m’a le plus marquée, ce sont les discussions que nous avons pu avoir avec les personnes venues partager avec nous leur quotidien dans le noir. Elles font toutes preuves d’un courage exceptionnel, et redoublent d’efforts pour vivre dans un monde qui ne leur est pas toujours très adapté. Certains étaient accompagnés de chiens, qui leur garantissent une indépendance certaine. Il faut environ 20 mois pour former un chien guide, un mois d’entrainement pour que le maître et le chien s’habituent l’un à l’autre, et près de 6 mois de pratique quotidienne pour arriver à une parfaite harmonie. Impressionnant, n’est-ce pas ? Ces chiens sont réellement incroyables, tout autant que leurs maîtres. De tout le repas, de tous les échanges que nous avons pu avoir, je n’ai jamais entendu une seule plainte, un seul soupir. Qu’ils soient nés dans le noir ou aient perdu la vue au cours de leur vie, les trois personnes présentes ce soir-là font preuve d’une force de caractère et d’une philosophie que j’ai rarement rencontrées. Ne vous apitoyez jamais sur leur sort, eux ne le font pas, ils ont bien d’autres choses à faire. Vivre, par exemple. Parce que leur différence ne les empêche pas de travailler, de sortir, de s’amuser, de faire bien des choses. Ce soir-là, j’ai reçu une bien belle leçon de vie.

Alors, cher lecteur, si jamais l’occasion se présente à toi, je t’engage vivement à vivre cette expérience. Tu passeras un moment fort convivial, tu riras, te sentiras ridicule et maladroit, mais, par-dessus tout, tu découvriras un monde insoupçonné, celui de la nuit, qui changera ta vision de la vie pour le mieux. A bon entendeur…

Chloé G.

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